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Lundi, c'est musée ! : 6


"Les demoiselles d'Avignon", Pablo Picasso, 1907.



Ces formes, décalées, désaxées, originales et marginales. Reconnaissable entre milles. L’art de Picasso ne peut laisser indifférent. Il marque les esprits. Et en 1907, lorsqu’il peint Les demoiselles d’Avignon, ce n’est plus juste à marquer les esprits que cherche Pablo Picasso, c’est à les imprégner, les bousculer, les choquer. Ces demoiselles au charme si particulier apporte un vent de nouveauté dans un monde habitué aux codes stricts académiques : bienvenue dans l’ère du cubisme. Picasso vient de lui ouvrir la voie.

À l’origine, Pablo Picasso dessine ces demoiselles d’Avignon dans un bordel, clin d’œil à celui de la Calle d’Avignon à Barcelone qui était à quelques rues de chez lui. Étrangement, les gens ne sont choqués par ceci, mais bien par la représentation technique que le peintre en fait. Les cinq femmes se trouvent nues, exposant leur corps déstructuré sans aucune honte. Elle regarde le spectateur droit, dans les yeux. Le fixe. La gêne et la pudeur sont absentes, elles dévisagent, de leurs grands yeux, observent, étrangères à l’effroi qu’elles provoquent. Les visages sont asymétriques, dessinés de face mais avec un nez de profil, ils ne répondent à aucune des règles connues jusqu’ici. Les traits sont grossiers, l’asymétrie absente. Pablo sait très bien dessiner, et pourtant il fait le choix de reproduire ici un tableau où le manque de réalisme est la première des définitions. Il révolutionne totalement la représentation du corps féminin en peinture. Comme un clin d’œil aux académies et aux normes classiques, il travaille dans ce tableau deux des thèmes les plus chers à la peinture : le nu et la nature morte, avec cette corbeille de fruits que l’on observe au premier plan.

Il se permet également un hommage à l’art et la culture africaine qu’il affectionne tout particulièrement en ornant certaines de ces femmes de masques, ce qui renforce la volonté de s’éloigner des codes.

À l’origine de ce tableau, le peintre souhaitait également représenter un étudiant en médecine, lorsqu’il venait dans les bordels pour pratiquer des contrôles hygiéniques et des visites médicales, cela nous laisse supposer qu’il souhaitait représenter la peur des maladies, qui était quelque chose qui le touchait particulièrement, plutôt que la prostitution en elle-même.

Cette toile qui choquera de nombreuses personnalités, allant jusqu’à pousser certains à évoquer ce tableau comme un « acte de terrorisme » (ce qui ferait hérisser de nombreux cheveux de nos jours !!). C’est la volonté première de Picasso, de créer cette rupture avec la peinture telle que le public la connaît.

C’est entièrement réussi, et plus d’un siècle plus tard, encore terriblement d’actualité.


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